01/12/2012

Salons des livres ...

Deux week end ...deux salons bien différents mais aussi riches en rencontres l'un que l'autre !

Le 10 et le 11 novembre ont été deux grands jours pour notre toute jeune maison d'édition (à peine un an ...rappelez vous la  bougie soufflée le 10 octobre ! -post du 1er octobre ) : pour la première fois "Le Vent se lève !" avait un stand au salon du livre de Toulouse. Oui, oui ! Enfin un petit stand , c'est vrai, 1 mètre de linéaire ... Mais il faut un commencement à tout ! Et dire que l'année dernière, j'y avais été en touriste, arpentant les allées avec l'envie d'être moi aussi derrière un étal de livres à offrir aux lecteurs ! Je n'ai encore que deux ouvrages à proposer ...mais là aussi ce n'est qu'un début !
 
Angèle Bettini del Rio, notre rebelle de 91 ans,  toute pimpante et avenante, est venue dédicacer son livre, captant comme toujours son public par son regard vif et sa verve pour raconter le 5 novembre 1940 et ce qui s'ensuivit. Elle a évoqué avec émotion ses camarades disparus, car elle est désormais la dernière à pouvoir témoigner de leur acte de résistance contre Pétain.
 
Et j'ai fait plein de rencontres avec ceux qui se sont intéressés à ce petit stand (qui deviendra grand) ; toutes sortes de résistance m'ont été proposées : celle des professeurs désobeisseurs, celles des handicapés qui se battent pour une vie digne et décente, celle des familles qui cachent des enfants pour leur éviter l'expulsion avec leurs parents sans papiers, celles des faucheurs d'OGM, celle des personnes mises sous tutelle sans raison, celle des agents de Pôle emploi en lutte contre des procédures iniques...
 
Autant de thèmes qui pourront nourrir la trame des futurs témoignages à paraitre dans la collection "Ô rages !" consacrée à toutes ces résistances de l'ombre, qui se multiplient dans notre société, pour tous ceux qui passent de l'indignation à l'action. 
 
Le 24 novembre, c'est notre imprimerie préférée, l'imprimerie 34 qui organisait une rencontre festive des éditeurs libertaires et alternatifs au Hangar,  rue de Bagnolet, à Toulouse.  J'y ai passé une journée formidable, dans une atmophère à la fois contestataire et bon  enfant; j'y ai fait aussi plein de rencontres : éditeurs, libraires, auteurs et lecteurs passionnés par la politique, la sociologie, les mouvements alternatifs,mais aussi la littérature engagée. En bref mus par l'utopie d'un monde nouveau, par un rêve de société sans préjugés, sans autorité illégitime, sans abus de pouvoirs, libre de toute entrave ...Revigorant ! même si le lundi matin il a fallu retomber sur terre ! Et repartir à la bataille ...
 


Alamut, Vladimir Bartol

Allez découvrir une nouvelle chronique de notre critique littéraire Aline Sirba,  dans l'onglet "La plume au vent" du blog :  Aline nous emmène dans une contrée apparemment  lointaine, mais si proche en réalité, au travers d 'un roman de 1938, réédité aujourd'hui ; il se lit  comme un conte politique et réaliste,  qui résonne d'une façon étrangement moderne et nous alerte contre les dérives totalitaires de tous les temps.

Alamut, Vladimir Bartol (Libretto, 1938, 2012 pour la nouvelle traduction)

" Ce roman entre  en résonance avec le présent : l’auteur  met en garde ses contemporains contre les fanatismes de toutes les époques, contre les totalitarismes qui engendrent le pire. Vladimir Bartol dépeint l’asservissement des foules sous les mirages d’une autorité illégitime se développant dans l’outrance : les discours trompeurs des grands dictateurs de son temps sont comme les déguisements de pacotille rouges et dorés de Seïduna, attributs fictifs de son pouvoir qu’il revêt pour se montrer à ses fidèles et les pousser à le servir jusqu’au bout de sa volonté ; ils ne font qu’aveugler les peuples par les intentions les plus criminelles quand la connaissance est supplantée par le mensonge et l’ignorance. " Aline Sirba.

 

08/11/2012

Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel Dongala

Aline Sirba, notre prodigue chroniqueuse, a découvert cette semaine un  livre qui correspond à tout ce que j'aimerais un jour éditer : la révolte salutaire, les femmes, l'Afrique, les bonheurs, les douleurs, les luttes des humains d'aujourd'hui, au travers du vaste monde.

Laissez vous convaincre par cette critique enthousiaste avant de vous laisser emporter par ce livre foisonnant et chaleureux, comme l'Afrique qui lui sert de toile de fond et où des femmes courageuses se dressent avec le poing levé.

L’Afrique s’accorde au féminin.

Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel Dongala (Actes Sud, 2010, Babel, 2012)

Il est des révoltes qui ne font pas les titres des journaux, et pourtant, ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas qu’elles n’existent pas. Emmanuel Dongala, écrivain d’origine congolaise et vivant aux Etats-Unis, nous relate un de ces combats menés en Afrique par des femmes d’aujourd’hui dans son superbe roman Photo de groupe au bord du fleuve.
 Il s’agit de l’histoire d’une quinzaine de femmes grévistes travaillant sur le même chantier d’extraction de pierre, dans un pays que l’on reconnaît comme celui de l’auteur, et qui décident un jour, sous l’impulsion de l’une d’entre elles, de renégocier le prix du fruit de leur labeur, du gravier qu’elles concassent à partir de la pierre brute, à mains nues, à l’aide d’outils rudimentaires et pour un salaire de misère. Le roman raconte leur lutte, qui ne dure que quelques jours, au bout desquels elles attendent d’être payées au prix juste. Si l’on voulait résumer à grands traits ce récit, c’est ce que l’on dirait. Mais un tel roman ne se limite pas à un simple argument économique, il génère de multiples ramifications et autres subtilités, d’histoires dans l’histoire, et c’est en réalité la vie de ces femmes africaines qui est déroulée au fil des pages, des confidences, des secrets mis au jour, de la révélation de soi et des autres dans l’action.
Le premier chapitre s’ouvre sur le réveil de Méréana, qui s’apprête à aller casser la pierre comme chaque jour, mais ce matin marquera un tournant décisif dans sa vie et dans celle de ses compagnes d’infortune. Ce qui surprend au début, c’est le mode de narration si particulier qui utilise le « tu » pour s’introduire dans la conscience du personnage principal, comme si le narrateur l’interpelait, ou comme si elle se parlait à elle-même, entraînant par ce tutoiement le lecteur au plus près de l’héroïne et de ses pensées. C’est en écoutant la radio (qui joue un rôle extraordinaire d’ouverture sur le monde pour ces femmes engluées dans leur misère quotidienne), en voyant les cours du pétrole grimper, en observant le train de vie des nantis du pays, que Méréana arrive à cette conclusion : elle veut aussi profiter de cette opulence qui semble se propager. Les choses vont vite : elle en parle « à une femme du chantier, [... qui] en parla à son tour à une autre,  […] et ainsi de suite. » Les voilà toutes d’accord pour négocier le prix du sac de cailloux à la hausse, et Méréana élue par ses congénères porte-parole de leurs revendications.

Le décor est planté, et au long des négociations qui traversent toutes les couches de la société, les interlocuteurs alternant pour finalement atteindre le sommet de l’Etat, la vie de ces quelques femmes du chantier défile, dévoilant un peu de la part secrète de Mâ Bileko, l’ancienne femme d’affaires ruinée, de Moyalo, capable de « clouer un gendarme sur place rien qu’avec son regard », de Laurentine Paka, la coquette du groupe, d’Anne-Marie Ossolo, emmêlée dans ses histoires d’amours adultères, d’Iyissou la taciturne, de Batatou et ses bébés, etc. Le narrateur conte ces histoires inoubliables en mettant au jour la violence en général dont sont victimes les femmes africaines, et en particulier ces quelques figures emblématiques qui doivent se battre tous les jours pour leur dignité et leur respect dans une contrée où le machisme et la violence masculine s’exercent dans toutes les sphères, où l’on cherche à faire taire les femmes un peu trop en verve, où le viol, le mariage forcé, la répudiation, l’intimidation, la spoliation, le meurtre organisé, sont encore trop monnaie courante.
Pas de concession dans ce roman tellement riche, où l’on mesure la détresse, en premier lieu celle des malades du sida, comme Tamara, sœur de Méréana et victime de la maladie contractée par un mari volage, et la négation par les pouvoirs de ce fléau dévastateur ; les préjugés ont la vie dure, les femmes doivent lutter pour le droit à disposer de leur corps, de leurs biens ; sans tabou sont évoquées les grossesses non désirées, l’ignorance des filles ; l’école et les études sont souvent les seuls moyens de s’en sortir par le haut, Méréana en fait la douloureuse expérience, elle qui a dû abandonner un brillant avenir à cause d’une grossesse accidentelle, mais qui met un point d’honneur à ce que ses propres enfants reçoivent une éducation, et qui travaille au chantier dans le but de se payer une formation professionnelle ; l’éducation pour tous est revendiquée, et on célèbre la réussite de Zizina (la fille de l’une des grévistes) à un concours organisé par l’ONU, comme la victoire du savoir sur l’oppression généralisée.
C’est en tirant les fils de ces vies que l’auteur dresse le portrait d’un pays tout en nuances, car s’il rapporte le clientélisme et la corruption, maux majeurs d’une société gangrénée par l’argent et la soif de pouvoir, il raconte aussi la vie quotidienne de ces femmes résolument modernes, à qui l’on s’identifie, car, envers et contre tous les clichés et l’exotisme auxquels l’auteur ne cède jamais, le lecteur se retrouve avec aisance dans cette population marquée par les préoccupations et les idées de son époque, connectée au reste du monde. Ce sont des histoires de femmes et d’hommes, souvent douloureuses, mais pas toujours, car l’humour d’Emmanuel Dongala est là pour éclairer la photo, et on rit des crêpages de chignons entre rivales, on se reconnaît dans les engouements pour la mode, on palpite au rythme du cœur des amoureuses, on est happé par la vie virevoltante qui court tout au long du roman, nos préjugés bousculés par la force de ces héroïnes de tous les jours dont la solidarité, la générosité et la détermination revigorantes nous suivent longtemps après avoir refermé le livre.


Aline Sirba, 07-11-2012.

17/10/2012

14, de Jean Echenoz (Minuit, 2012)

Ceci n'est pas une guerre.

14 est aussi un roman d’amour et de vie. La fraternité, la compassion et la soif de liberté ne sont pas émoussés par l’atrocité.

Coup de coeur de Aline Sirba, notre  jeune critique littéraire, qui choisira régulièrement de belles pages, de belles plumes  
...spécialement  pour les lecteurs de Le vent se lève !
 

             Parfois, on regrette de lire les quatrièmes de couverture. C’est ce qui se passe avec 14, le nouveau roman de Jean Echenoz. Son titre suffit à lui seul à mettre le lecteur en position dubitative : un chiffre, qui ne dit a priori rien de l’histoire qu’on va lire. Cette histoire, elle débute par une chaude journée d’été, en Vendée, une promenade à bicyclette, et puis les trois coups de la pièce qui va se jouer retentissent sous la forme du tocsin qui sonne la mobilisation générale. Nous sommes en 1914, la guerre est déclarée ; Jean Echenoz choisit d’emblée le mode mineur, la simplicité et l’individuel pour raconter ce qui va suivre.

            Parmi les millions d’acteurs plus ou moins (d’ailleurs moins que plus) consentants qui vont jouer leur rôle dans la Grande guerre, l’auteur extrait cinq destins individuels, des hommes qui ont des prénoms, des noms, des métiers, des familles, et qui partent vers ce qui ne doit durer que quelques semaines, et qui durera quatre ans. L’attention se focalise plus particulièrement sur un jeune homme prénommé Anthime, comptable dans une petite entreprise familiale, et qui lui aussi va participer malgré lui à cette tragédie humaine.

Il s’agit de redonner une familiarité et une vie à ceux dont les noms ornent les monuments aux morts des villages de France. Pourtant, ce n’est pas avec de grands mots, de grandes phrases, de faits plus ou moins héroïques déjà lus, appris dans les manuels scolaires, que Jean Echenoz s’approche de la guerre ; ici, pas de date, juste une, « 14 », et encore, amputée de deux autres chiffres, (19)14, comme si l’on n’en connaissait pas la fin, à l’instar des personnages ; et c’est ce qui est singulier, car l’auteur écrit au présent, temps simple par excellence, temps de l’expérience immédiate, de l’histoire, non de l’Histoire.     
           

Jean Echenoz dépeint avec sobriété la vie dans les tranchées, et avec cette économie de moyens il mène le récit tambour battant. Il balaie délibérément d’un revers de plume les grandes dates, les grands événements, parce que tout ça « a été décrit mille fois » ; lui, ce qui l’intéresse, ce n’est pas « l’opéra », c’est la guerre à hauteur d’hommes, ce sont les figurants qui la composent et qui s’animent dans les détails : les uniformes trop grands ou trop petits, costumes qui sont distribués à des comédiens qui n’ont pas appris leur texte et qui vont devoir improviser sur la scène de ce drame à échelle tellement plus grande qu’eux, mis en musique par des orchestres officiels de pacotille qui tombent au front comme les autres ; les jours se ressemblent, nul besoin d’emphase pour comprendre les blessures, la peur, la saleté, les poux, la faim, la mort de près. L’instinct grégaire est plus exacerbé que jamais : on veut rester entre « copains », seuls repères parmi cette masse humaine et cette promiscuité imposée des tranchées et des « boyaux ». Pour autant, Echenoz n’épargne pas son lecteur : « Anthime a vu, cru voir encore des hommes en trouer d’autres juste devant ses yeux, tirant aussitôt après pour dégager leurs lames des chairs par effet de recul. » Voilà la déshumanisation, symbolisée aussi par les animaux qui, privés de bergers, de gardiens, de fermiers, reprennent leurs droits sur les humains, qui à leur tour deviennent des bêtes traquées par l’ennemi dont on ne sait jamais trop bien qui il est en réalité, ceux d’en face ou ceux qu’on ne voit jamais qu’à l’arrière, prêts à fusiller pour l’exemple les déserteurs en puissance.

 Et puis, la guerre, c’est aussi la vie qui continue à l’arrière, un nouveau siècle qui débute, les femmes qui prennent la place des hommes dans les usines, les plus jeunes qui font le travail de leurs aînés. On se met à produire en masse et l’époque de l’ « utile » commence, comme ces godillots qu’on fabrique à l’usage de ceux qui sont dans les tranchées.

Mais 14 est aussi un roman d’amour et de vie. La fraternité, la compassion et la soif de liberté ne sont pas émoussés par l’atrocité ; 14 raconte aussi le roman familial qu’un mauvais tour de passe-passe de l’Histoire a fait dévier de sa tranquille destinée. Le personnage féminin qui innerve le livre tout entier, c’est Blanche, au prénom de circonstance ; cette femme, simple et courageuse, est l’emblème de toutes celles qui ont dû prendre leur destin en main parce que l’Histoire, la grande, leur a volé leur homme, leur jeunesse et l’insouciance de leurs vingt ans. Blanche choisit la vie au milieu de ce champ de bataille, elle met au monde un enfant, puis un second, d’un autre homme, qui, lui, en est revenu, de 14.

 

01/10/2012

Premier anniversaire !


Voici un an bientôt (le 10 octobre 2011) que les éditions "Le vent se lève!" ont été créées dans un de ces jolis villages du Gers, Aubiet, où il fait bon vivre...Un défi relevé pour montrer que "l'édition est dans le pré", comme le bonheur ! Et qu'il y a une place et un avenir pour les maisons d'éditions, hors de Paris.


Cette première annnée a été riche en émotions pour la "jeune éditrice" que je suis et pour les partenaires qui ont accompagné ce projet un peu fou, comme je les aime.

La collection "Ô rages!" est lancée avec deux premiers titres qui interpellent des lecteurs avec des témoignages de résistance très différents mais dont les héros, Angèle Bettini del Rio et Guy Pavan sont si proches par les valeurs qu'ils véhiculent.

Le prochain titre devrait renforcer l'image d'engagement aux côtés de ceux qui luttent pour un monde meilleur que je veux donner à cette collection. Il est en préparation active et devrait sortir tout début 2013 : "Comment nous résistons à la"privatisation d'EDF/GDF", tel sera son titre. Il s'agira du témoignage saississant d'un "Robin des bois de l'énergie", un de ces agents qui remettent le courant à des familles en difficulté, auxquelles EDF l'a coupé pour cause d'impayés. Leur combat, c'est de faire vivre et perdurer l'esprit du service public, et ils le font à leurs risques et périls, par conviction, par solidarité aussi.

Mais 2013 sera aussi pour les éditions "Le vent se lève !" l'année du lancement d'une seconde collection, littéraire celle-ci : romans et nouvelles en seront l'épine dorsale (vous pouvez en connaitre la ligne éditoriale dans l'onglet "Collection Après la pluie" de ce blog). Avec l'appui du comité de lecture qui se met au travail, nous rechercherons, parmi les manuscrits collectés, les pépites littéraires et les auteurs inattendus qui feront la joie des lecteurs demain.

C'est donc avec la satisfaction d'avoir fait les premiers pas, d'abord hésitants puis plus affermis, la fierté d'avoir surmonté les embûches et les découragements, l'enthousiasme d'avoir créé une équipe de partenaires, encore jeune mais déjà solidelivre, que nous soufflerons le 10 octobre la première bougie d'anniversaire de "Le vent se lève !".

N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires, suggestions et à nous donner aussi mille idées pour continuer à illustrer les résistances d'hier et d'aujourd'hui et à faire vivre les espoirs de demain.